La région indo-birmane est l’un des 36 points chauds de biodiversité du monde. L’ouverture récente des pays de cette région à une économie de marché mondialisée a entraîné le développement rapide de grandes entreprises extractives (foresterie, mines), agro-industrielles (plantations) et hydroélectriques. En l’absence d’un cadre réglementaire global sur les aspects environnementaux et sociaux, et dans un contexte de faible gouvernance étatique, l’impact des activités du secteur industriel sur la biodiversité et les communautés locales dépendantes des ressources naturelles est fort. Les nombreuses aires protégées créées au cours des deux dernières décennies dans cette région ne remplissent que partiellement leur mission en raison d’une faible efficacité de gestion.
Hotspots 2 visait à développer des modèles de gestion intégrée des paysages basés sur une approche d’aménagement du territoire qui garantissent à la fois la conservation de la biodiversité et le maintien des services écosystémiques d’une part, et l’amélioration des conditions de vie des populations locales d’autre part. L’objectif du projet était double : i) préserver la biodiversité du hotspot « Indo-birman » et accompagner les populations pauvres dans la gestion de leurs ressources naturelles par une gestion intégrée des aires protégées combinée à des incitations économiquement viables et à des cadres réglementaires améliorés ; ii) influencer les pratiques des entreprises des principaux secteurs investissant dans les paysages du projet, notamment le secteur bancaire.
Le projet s’est déroulé dans six paysages, trois au Cambodge, deux au Laos et un au Myanmar. Ces paysages comprenaient une ou plusieurs aires protégées qui constituent leur cœur et une périphérie qui est le siège des activités agricoles et industrielles.
Le projet, financé par l’AFD et le FFEM, était organisé en cinq composantes opérationnelles et une composante de suivi :
La composante 1 « Paysage » visait à mettre en œuvre une approche de gestion intégrée du paysage avec les communautés et les administrations publiques à travers la planification spatiale, l’application d’outils de suivi adaptables et le renforcement des capacités. Les activités portent sur 1) l’amélioration du suivi des aires protégées par le déploiement et la formation des agents au logiciel SMART, 2) la construction des infrastructures nécessaires à la gestion opérationnelle des aires protégées, 3) le zonage participatif avec les communautés locales, 4) la sensibilisation des communautés et 5) la participation à des groupes de travail nationaux pour partager les leçons du terrain et influencer les politiques publiques. Il est à noter que les activités de zonage concernent une zone marine au Myanmar où une approche de cogestion des ressources halieutiques est en cours de développement.
La composante 2 « Entreprises locales » visait à autonomiser les communautés locales par le développement d’entreprises axées sur la conservation de la biodiversité. A cet effet, le projet soutient : 1) le renforcement des capacités des entrepreneurs locaux, 2) le développement de l’agriculture biologique et de la commercialisation des produits, 3) la mise en place d’une exploitation durable de certaines ressources naturelles, 4) le développement de l’écotourisme communautaire et 5) l’accès au marché national du crédit carbone (projet REDD+ au Cambodge).
La composante 3 « Grandes entreprises » visait à mettre en œuvre des pratiques commerciales améliorées de croissance verte en capitalisant sur les acquis des entreprises engagées dans des chaînes de production « zéro déforestation / zéro perte de biodiversité ». A cet effet, le projet favorise : 1) le développement de mécanismes de compensation (Biodiversity offset), 2) la formation et la diffusion d’outils d’aménagement du territoire et d’aide à la décision auprès des administrations publiques et du secteur privé et 3) le développement de partenariats public-privé pour la gestion durable de certaines ressources et 4) la participation à des groupes de travail sur l’implication du secteur privé dans la gestion des ressources naturelles.
La composante 4 « Secteur bancaire » visait à promouvoir l’application des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) par le secteur bancaire lors de la prise de décisions d’investissement. Au Cambodge, pays le plus avancé dans ce domaine, le projet soutient l’élaboration d’un code de bonnes pratiques d’investissement intégrant les critères ESG et dispense des formations aux banques locales pour l’intégration de ce code dans les processus de prise de décision d’investissement. Au Myanmar et au Laos, le projet mène une analyse du secteur bancaire et entame un travail de sensibilisation à l’approche ESG.
La composante 5 « Communication et échanges » a consisté à élaborer et mettre en œuvre une stratégie de communication, de visibilité et de partage d’expériences du projet au niveau régional.
La composante 6 couvrait les frais d’audit des comptes annuels du projet et l’évaluation finale du projet.
L’évaluation a comporté les aspects suivants :
1. Établissement d’un bilan du projet depuis son démarrage (Constats) ainsi que la construction à partir du projet Hotspot 1. Ce bilan visait également à établir les écarts avec les résultats initialement prévus, tels que consignés dans les documents contractuels du projet (conventions de financement et documents stratégiques). Il explicitait également dans un tableau la mobilisation effective des différents cofinancements et leur affectation.
2. Élaboration d’une analyse évaluative (des constats aux jugements évaluatifs) incluant le traitement des questions évaluatives présentées ci-dessus en IV.2, et prenant en compte les différents critères d’évaluation des politiques publiques : pertinence, cohérence interne et externe, efficacité, efficience, impacts et durabilité.
3. Élaboration des conclusions de l’évaluation sur la base des jugements évaluatifs.
4. Élaboration de recommandations (cohérentes avec les conclusions). Les recommandations devaient être hiérarchisées et catégorisées par acteurs (AFD, FFEM, WCS, autres parties prenantes). Chaque recommandation devait être établie après avoir recueilli les avis des parties prenantes.
5. Leçons à tirer : le consultant avait mis en évidence les leçons générales à tirer de l’évaluation, et leur (ré)utilisation possible pour des projets futurs. De plus, une réflexion a été menée sur la capitalisation et la valorisation qui pourraient être faites de ces leçons.
6. Élaboration d’une synthèse évaluative de 3 pages maximum, reprenant de manière équilibrée les différents points traités par l’évaluation, avec une annexe compilant les innovations et résultats concrets atteints (agrégation d’indicateurs sur les bénéfices économiques, sociaux et environnementaux) pouvant servir à la communication de l’AFD et du FFEM.
7. Restitution orale de la version draft du rapport, au FFEM, à l’AFD et à WCS.